Cet article a pour objectif de rappeler aux chefs d’entreprise qui dirigent des PME qu’il peut s’agir pour eux d’un bon vecteur de création de valeur à la condition d’appliquer un certain nombre de choix et de décisions au cours de la gestion de ces entreprises.

En général, les chefs d’entreprise ont pour souci essentiel et légitime de trouver un équilibre d’exploitation et, bien entendu, de réaliser des profits et en ce sens, leurs conseillers et en particulier, les experts-comptables ont en général comme rôle principal de mesurer les performances économiques et également de donner leur avis sur les améliorations possibles.

Cette attitude du chef d’entreprise n’est pas nécessairement antinomique avec l’objectif de créer de la valeur de manière à, le jour voulu, soit transmettre à titre gratuit à des héritiers un outil performant, soit à titre onéreux de céder ce même outil.

Pour obtenir une satisfaction en ce sens, tout au long de la vie de l’entreprise, il conviendra de prendre un certain nombre de décisions qui, dans le temps, ne seront pas un obstacle à la création de valeur.

Il faut replacer ces quelques réflexions dans le monde actuel dans lequel nous vivons, et se rappeler d’une part que les métiers qui, à certaines époques de l’histoire, ont pu être extrêmement pérennes, sont devenus d’une extrême volatilité.

Et d’autre part, pour un chef d’entreprise, il n’est pas inutile lors de sa retraite de réaliser un capital qui lui permettra de compenser les régimes qui sont de plus en plus précaires.

Pour créer de la valeur dans une entreprise, on peut distinguer 3 périodes qui concernent la création, la maturité et la transmission de la PME.

Lors de la création, il conviendra à l’évidence de se poser les bonnes questions en ce qui concerne les métiers de la PME et du bon modèle économique pour atteindre les objectifs fixés.

Une fois ces choix réalisés, qu’il s’agisse d’une création ou d’une reprise, un certain nombre des décisions seront à prendre.

Sans rentrer dans trop de détails, il conviendra de choisir la bonne structure juridique, le bon schéma en cas de reprise, trouver également le financement qui correspondra le mieux à la capacité bénéficiaire de l’entreprise.

En cas d’investissement à la fois commercial et immobilier, je pense qu’à ce jour il convient toujours pour le chef d’entreprise d’avoir la bonne idée de séparer immobilier et société commerciale.

Lorsque la PME commence à se développer et à s’épanouir, pour conserver et fortifier la valeur créée par le chef d’entreprise, il me semble indispensable de se poser régulièrement la question qui peut se résumer par le diagnostic global.

En ce sens, il conviendra de se référer toujours aux métiers, et avoir une vue relativement claire de l’évolution économique en ce qui concerne l’activité même de la PME.

Il conviendra également de se poser la question de la nature des clients, du niveau de l’investissement de manière à constater toujours dans les comptes des dotations aux amortissements ou des montants de crédits baux, et il conviendra aussi de se poser la question sur la structure humaine qui est la richesse très souvent essentielle de la PME.

En un mot, il conviendra de faire les dépenses utiles pour conserver la pérennité de l’entreprise.

Une entreprise qui, au cours de sa vie, constate des dotations aux amortissements extrêmement faibles peut se poser la question de sa pérennité puisqu’on dit que les profits actuels permettent de financer les investissements de demain qui eux-mêmes permettront de donner une vie plus longue à la PME.

Autrement dit, et cela peut paraître paradoxal, mais des PME qui ont une rentabilité exceptionnelle peuvent finalement constater cette rentabilité uniquement par une insuffisance d’investissement à la fois humain et matériel.

Pour conserver également la valeur de l’entreprise qui a été créée et qui fonctionne dorénavant, le chef d’entreprise serait bien inspiré de balayer ses contrats d’assurance et en particulier deux types de contrats qui paraissent essentiels et qui sont les suivants :

  • Assurance contre les pertes d’exploitation
  • Assurance pour les hommes clés de l’entreprise.

Il est évident que si une PME n’a pas souscrit d’assurances pour les pertes d’exploitation, un sinistre important ne permettra pas à la PME de redémarrer.

Ce type de contrat doit être revu régulièrement de manière à être certain que les termes de ce contrat prennent bien en compte l’évolution de l’entreprise.

En ce qui concerne les assurances hommes clés, il est évident que dans chaque PME un certain nombre de personnes sont essentielles au bon fonctionnement de l’entreprise.

Lorsque la PME a été la source d’une création de valeur, il s’agit in fine d’en organiser la transmission soit à titre onéreux soit à titre gratuit.

Pour concrétiser la valeur créée, dans le cas d’une transmission, il faudra, en préparation de cette transmission, pouvoir démontrer que tous les ingrédients d’un avenir sont réunis de manière à ce que l’acquéreur éventuel puisse établir un business plan en fonction d’un outil qui fonctionne.

Dans le cas contraire, le business plan du repreneur fera nécessairement apparaître des insuffisances et le prix demandé sera, bien entendu, largement obéré.

En vue de cette transmission, il conviendra pour le dirigeant de s’entourer de compétences humaines pour le seconder, de manière à limiter l’intuitui-personae du dirigeant au moment de la cession.

En un mot, une transmission se prépare et il faut bien retenir que lorsqu’une société est bénéficiaire tous les investissements que l’on peut prodiguer pour son bon fonctionnement sont subventionnés à hauteur d’un tiers qui correspond à l’impôt société que l’on ne paiera pas.

J’ai été satisfait de voir que, dans ces mêmes colonnes le 20 février 2015, il était fait mention d’une enquête réalisée par un grand cabinet d’avocats qui indiquait que l’âge idéal pour penser à la transmission à titre onéreux se situait avant 60 ans.

A quel point, j’adhère à cette constatation !

La plupart du temps les PME sont le fruit d’un travail acharné du chef d’entreprise mais surtout sont le fruit de l’utilisation d’un réseau qui très souvent est lié au chef d’entreprise lui-même.

D’expérience, nous avons trop vu ces dernières années des entreprises à la tête desquelles le chef d’entreprise dépassait 65 ans et qui ont été difficilement transmissibles.

Dans le cas de transmission à titre gratuit, là encore il faudra organiser la transmission bien en amont sans attendre que le créateur ait  lui-même 65 ou 70 ans de façon à utiliser au maximum la fiscalité extrêmement favorable des transmissions à titre gratuit si en particulier on utilise le pacte DUTREIL (exonération de 75 % de la valeur).

Et à ce propos, je rappelle qu’en cas de transmission à titre gratuit à des héritiers, si il y a des droits à payer, s’agissant d’entreprise, ces droits peuvent être différés de 5 ans et fractionnés au-delà sur 10 ans.

En conclusion de cet article, tout au long de la vie d’une PME, il convient de prendre des décisions qui permettront dans le temps, non seulement de créer de la valeur mais de la conserver et cela permettra au chef d’entreprise à terme de retrouver un capital correspondant à la fois à son travail mais également à des choix stratégiques.

 

Patrick FONDEVILA Patrick Fondevila, Expert-Comptable

ARTICLE DE PRESSE – Mars 2015
LES ECHOS JUDICIAIRES GIRONDINS